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La délocalisation du collège de la carrosserie débattue au cœur même du Sénat

lundi 4 mars 2013 par Le Chef d’établissement

Sénat, séance du 21 juin 1966 (JO du 22 juin 1966, pp. 865-866)

M. le président. M. Georges Dardel demande à M. le ministre
de l’éducation nationale quelle suite sera donnée au projet de
transfert du lycée technique d’Etat de Puteaux et du collège
d’enseignement technique annexé, dans les locaux de l’ancien
arsenal. Est-il exact que ce transfert, reconnu nécessaire, ne
serait cependant envisagé que dans un délai qui ne tiendrait pas
compte de l’urgence et de la gravité du problème, c’est-à-dire
de l’extrême insuffisance et de la vétusté dangereuse des locaux
actuels ?

Il rappelle que cette situation angoissante a fait l’objet :

1° De plusieurs délibérations du conseil municipal de Puteaux,
dont l’une, en date du 2 juin 1965, comporte l’engagement
financier légal de la ville ;

2° D’un débat au conseil général de la Seine, le 25 novembre
1964, qui a donné lieu à des déclarations entièrement favorables
de l’administration départementale ;

3° De très nombreuses et pressantes interventions des associations
et personnalités les plus diverses : associations de parents
d’élèves, d’anciens élèves, d’industriels, groupement fondateur
du centre associé au Conservatoire national des arts et métiers,
syndicats, etc.

Il lui demande également s’il est disposé à retenir, pour une
étape ultérieure et une solution définitive du problème, le
projet de reconstruction du lycée technique, dans le secteur
de la Défense, projet dont une première étude a été réalisée à
l’initiative de la municipalité de Puteaux. (N° 717. — 12 mai 1966.)

La parole est à M. le secrétaire d’Etat au commerce extérieur.
M. Charles de Chambrun, secrétaire d’Etat au commerce
extérieur. M. le ministre de l’éducation nationale est en mesure
de faire connaître que l’affectation de l’immeuble de l’arsenal
de Puteaux a pu enfin être décidée. Jusqu’ici, malgré que le
principe en ait été arrêté depuis longtemps, l’importance des
installations militaires existant à Puteaux n’avait pas permis
une mise à disposition immédiate. Celle-ci s’effectuera d’une
manière échelonnée, mais il est envisagé de faire fonctionner
l’un des établissements d’enseignement qui doit y être installé
pour l’année scolaire 1966-1967.

M. Georges Dardel. Je demande la parole.

M. le président. La parole est à M. Dardel.

M. Georges Dardel. Le problème qui fait l’objet de ma question,
c’est-à-dire le relogement de l’établissement d’enseignement
technique de Puteaux dans les locaux de l’ancien arsenal, n’est
pas d’ordre strictement local ; il met en jeu des questions
d’intérêt général telles que, d’une part, l’avenir de l’enseignement
technique dans la banlieue ouest parisienne et la formation et
le perfectionnement des professionnels et des techniciens dans
cette région particulièrement importante du point de vue économique
 ; d’autre part la bonne gestion des services publics,
puisqu’il s’agit de bâtiments appartenant à l’Etat.
Aucune décision officielle n’a encore été notifiée au maire de
Puteaux. C’est grâce à l’obligeance de son collègue M. Peretti,
député de la circonscription et maire de Neuilly, qu’il a eu
communication d’une lettre adressée par le ministre de l’éducation
nationale, qui ne dit pas exactement ce que vous venez
de répondre, monsieur le secrétaire d’Etat. En effet, cette lettre
dit qu’effectivement le ministre de l’éducation nationale est en
train de réaliser un accord avec le ministre des armées pour
l’affectation à l’enseignement de l’arsenal de Puteaux.
Mais ce qui nous inquiète un peu, monsieur le secrétaire d’Etat,
c’est que le ministre dit dans sa lettre à M. Peretti : « En
première urgence, dans la partie disponible j’ai l’intention d’installer
le collège d’enseignement technique de la carrosserie,
qui gêne les travaux d’aménagement de l’ensemble de la Défense.
L’installation du lycée technique de Puteaux est également prévue
à cet emplacement, mais selon toute vraisemblance les travaux
nécessaires ne pourront être exécutés qu’après le départ
des occupants actuels. »

C’est la raison pour laquelle notre inquiétude est grande car,
si les informations générales que vous nous donnez étaient
exactes, nous ne pourrions que nous féliciter, mais l’échéancier
paraît difficile à accepter. En effet, si les assemblées municipales
et départementales, comme l’a révélé ma question orale, sont
déjà intervenues maintes fois, nous craignons, en ce qui concerne
le lycée technique d’Etat de Puteaux et les organismes qui lui
sont rattachés, que les décisions actuellement envisagées ne
tiennent pas compte de la gravité de la situation et de l’extrême
urgence de la solution.

Je n’insisterai pas sur le manque de place dont souffre
cet établissement qui doit recevoir plus de 700 élèves à temps
plein et plus de 1.700 élèves ou auditeurs à temps partiel.
Il ne dispose que de locaux d’une incroyable exiguïté : au total
5.600 mètres carrés de surface développée, alors que, pour les
seuls élèves à temps plein, les normes officielles justifieraient
plus de 30.000 mètres carrés.

Je n’insisterai pas davantage sur la qualité et l’importance
des services dus à ce grand ensemble technique. Officiellement,
un hommage lui a été rendu au conseil général de la Seine le
25 novembre 1964 par le directeur général des services de
l’enseignement, mais un tel témoignage, avec beaucoup d’autres
tout aussi élogieux, ne peut que rendre plus scandaleuses les
conditions d’insécurité sur lesquelles j’ai le devoir d’attirer
spécialement votre attention et qui résultent de la vétusté
des locaux.

Monsieur le secrétaire d’Etat, ces locaux ont été construits
en 1867 sur un terrain de 2.460 mètres carrés et par la société
ouvrière « La Revendication ›. Vous pensez bien qu’une société
ouvrière, qui était la première coopérative ouvrière de consommation
de France, n’avait certainement pas à sa disposition
des capitaux pour faire un immeuble luxueux et qu’il s’agit
d’un immeuble qui a été construit pour des fins commerciales
et qui a gardé dans son ensemble sa superstructure. C’est
en 1922 que le conseil municipal de Puteaux, après la fusion
de « La Revendication » de Benoît Malon au sein des Coopérateurs
de France, a décidé de créer une école pratique de commerce
et d’industrie. Il y avait alors en 1925 dans ces locaux
50 élèves. Il y en a maintenant 700 à temps plein. Or, déjà
en 1932 les locaux étaient trop petits pour recevoir les 300 élèves
qui fréquentaient l’établissement.

Voilà la situation dans laquelle travaillent nos enfants du
lycée technique de Puteaux, qui est devenu un lycée régional
et ne reçoit d’ailleurs qu’une centaine d’enfants de la localité.
Bien que l’administration du lycée accomplisse depuis des années
une tâche extrêmement lourde et difficile pour donner aux
élèves des conditions de travail acceptables, bien que la municipalité,
sans cesse alertée par la direction de l’établissement,
ait décidé l’exécution des travaux les plus indispensables, il
n’en est pas moins vrai que l’état des bâtiments actuels n’offre
plus les qualités de sécurité que doivent présenter les établissements
scolaires. En ce moment, une grande partie de la seule
cour de récréation, trop exiguë d’ailleurs, est fermée aux
enfants par des barrières car nous craignons qu’une partie
de l’édifice ne s’écrase sur leurs têtes. Le ministère de l’éducation
nationale ne peut pas ignorer plus longtemps la gravité du
danger permanent présenté pour nos élèves. Déjà, en 1958,
M. l’inspecteur général de l’instruction publique, directeur
général des services d’enseignement de la Seine, m’avait écrit
pour m’indiquer que, les bâtiments étant insuffisants et vétustes,
leur remplacement s’avérait indispensable. Malgré les efforts
réalisés pour entretenir les locaux, leur utilisation n’en présente
pas moins un danger constant pour les occupants, à telle enseigne
qu’il a fallu interdire, au moyen de barrières, comme je
l’indiquais tout à l’heure, l’approche de certains murs qui
menacent de s’écrouler.

Il est indiscutablement scandaleux que l’on dispense des
enseignements dont la nécessité n’est contestée par personne
dans des conditions aussi inhumaines de péril et d’insalubrité.
Monsieur le secrétaire d’Etat, s’il s’agissait d’un local particulier,
le maire de Puteaux aurait le devoir, de par la loi, de prendre
un arrêté d’insalubrité et de péril.

Il n’est donc pas possible d’admettre, pour l’opération de
transfert dont les bâtiments de l’arsenal vont sans doute faire
l’objet, que le lycée technique d’Etat de Puteaux et les organismes
qui y sont rattachés, notamment le centre associé au
Conservatoire national des arts et métiers, ne reçoivent qu’une
promesse tellement vague et incertaine qu’elle équivaudrait à
un refus. C’est pourquoi je demanderai à l’administration de
l’éducation nationale d’être équitable, prudente et prévoyante
en étudiant dès maintenant, en accord avec les services intéressés,
le plan de répartition de l’ensemble des locaux de l’ancien
arsenal, selon les besoins spécifiques et les effectifs présents
et futurs, dans la mesure où ceux-ci sont prévisibles. En ce
qui concerne le calendrier de l’occupation de ces locaux, je n’ai
pas besoin d’insister sur la nécessité d’une telle étude qui
permettrait, non seulement de prévoir les travaux d’adaptation
et de réalisation en temps utile, mais aussi d’effectuer à l’occasion
une opération heureuse en son principe.

C’est la raison pour laquelle j’attire votre attention tout
particulièrement sur ce problème du centre de la carrosserie.
Ce centre, dont nous sommes fiers puisque Puteaux est le berceau
de l’automobile, n’est pas un centre vétuste. Il a été construit et
mis à neuf depuis la dernière guerre. Il est donc très récent. Ce
sont des bâtiments dont certains ont seulement quelques années,
mais qui gênent, parait-il, l’opération de la Défense. Je veux
bien croire à l’utilité de l’opération de la Défense
puisque j’en
suis un des administrateurs fondateurs, mais vous n’êtes pas sans
savoir que depuis quelque temps cette opération crée beaucoup
de soucis au Gouvernement et à son conseil d’administration
puisque nous ne voyons pas apparaître les promoteurs qui doivent
construire sur ces emplacements. Il y a donc un établissement
en bon état, qui fonctionne, qui ne demande rien. C’est celui-ci
qui doit être transféré à l’arsenal de Puteaux. Celui qui s’écroule,
qui a été constitué en 1867 par une construction à destination
commerciale pour y faire des entrepôts de marchandises, celui-là,
on ne prévoit pas la date de son transfert.
C’est la raison qui
m’avait amené — ce qui eût évité ce débat à mes collègues — à
demander depuis plus d’un an au ministre de l’éducation nationale
de bien vouloir me recevoir. Il avait été prévu par la
commune la possibilité de construire, en face du palais des
techniques, un lycée technique. Nous y avions prévu un grand
établissement, puisque c’est dans cette région que devait se tenir
le rendez-vous des techniques, mais celui-ci devait subir les règles
générales qui, en matière de normes de construction, sont définies
dans cette région de la Défense, non par les municipalités,
mais par l’Etat.

Or, vous savez bien qu’il existe souvent des cloisons entre
départements ministériels et que le fait de vouloir construire
en hauteur un établissement technique gênait toutes les règles
de l’éducation nationale en ce qui concerne aussi bien l’occupation
du sol que les crédits. Depuis un an, malgré de nombreuses
démarches, je n’ai pu obtenir qu’une vague réponse me conseillant
de m’adresser, pour une question aussi importante que
celle-ci, à un attaché de cabinet. Il est bien entendu que je ne
me suis pas dérangé car cela pose un problème de principe
extrêmement important, qui constitue une dérogation générale à
tout ce qui se fait en ce moment au ministère ; nous n’avons
pas eu de réponse dans ce domaine.

Je veux conclure, monsieur le secrétaire d’Etat, en vous
demandant de ne pas oublier que le relogement du lycée dans les
locaux de l’ancien arsenal de Puteaux constitue une solution
d’extrême urgence, que cette question est beaucoup plus importante
que celle du centre national de la carrosserie et que, de
toute façon, ce ne pourrait être pour l’un comme pour l’autre
qu’une solution de détresse. Une solution définitive doit être
étudiée dès maintenant : la reconstruction du lycée technique
d’Etat de Puteaux et du centre de la carrosserie sous une forme
digne de leur réputation et de leurs objectifs.

D’où ma dernière question, monsieur le secrétaire d’Etat : le
ministre de l’éducation nationale est-il disposé à prendre en
considération pour une étape ultérieure dans le secteur de la
Défense un projet dont une première étude a été réalisée à
l’initiative de la municipalité de Puteaux ?

Si nous ne prenons garde de régler rapidement le problème
provisoire et, d’une façon sérieuse, le problème définitif, nous
aurons, en ce qui concerne le premier, de graves difficultés à
la rentrée prochaine car les enfants qui fréquentent cet établissement
qui s’écroule et pour lequel nous ne pouvons rien faire
risqueront leur vie tous les jours.

En ce qui concerne le centre de la carrosserie, nous aurons
fait de beaux bureaux à la Défense pour les établissements pétroliers,
mais nous n’aurons prévu aucune aide pour notre enseignement
technique.

Je crois que ces deux problèmes sont suffisamment importants
et dépassent le cadre local pour qu’ils puissent attirer l’attention
de M. le ministre de l’éducation nationale sur la réalisation
rapide de ces deux voeux des assemblées municipales et départementales et sur le désir unanime, quelles que soient leurs tendances politiques, aussi bien que toutes les organisations que
de tous les élus de la région. (Applaudissements à gauche.)


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Directeur de publication : Emmanuel Uteza